Les vieux !

Moi j’aime les vieux ! Parce qu’ils ont été ce que nous sommes, et que nous serons un jour ce qu’ils sont !

Parce qu’ils offrent aux bourrasques de la vie leur gueule en accordéon après des années de javas fougueuses, de marches forcées et de boléros endiablés. Ces gueules à la gabin qui disent à chaque instant de la vie : je sais, je sais même sans user de la parole, je sais que je sais rien. Rien qu’en vous zieutant avec leurs yeux mouillants comme dit le poète. Jamais ça vous toise, vous, jeunôt occupé à courir le guilledoux ces grands vieillards qui pour aller au fond du jardin prennent une semaine de vacances, et sortent dans le brume froide d’un matin de lundi tordus comme des esses de boucher.

Ils vous saluent de la main qui tient les reins qui grincent… ils vous interpellent sans paroles… ils vous congratulent d’un hochement de tête ! Ils sentent un peu la brique rouge recuite au four catalan avec quelques fois en épices subtiles par-dessus une légère odeur de feuillées… de celles qui ont fait verdun et le chemin des dames mais il y a si longtemps…. Ils ont une ficelle pour tenir un vieux froc en velours côtelé, sans bretelles, qui bâille sur le vide de leur bas-ventre… le moineau est parti dans les taillis de l’indifférence !

Au menton, le poil est follet, à la bouche comme un rictus… à l’aîne comme un trou de porte-drapeau qui-va-t-en-guerre. Il boit bien sûr… du picrate de celui qui fait du bien par ousque ça passe…mais tellement arrosé d’eau à la javelle que ça ressemble plus un coca amerloque qu’à un jus de la treille. Enfin il se couche un jour, un soir, un matin, enfin il se couche et on le campe sur l’avant de sa vieille maison pour qu’il voie une dernière fois la rue où passent les gens.

Le vieux chat aux yeux vairon qui s’appelle néron fait son ronron contre son vieux daron…mais quand il pousse la main de sa tête, il ne reçoit plus la caresse de tendresse… le vieux a tout donné, il est sec, vidé. Il a comme disait sa femme, ma mère bouffé le sec et le vert. Il a vécu… la vie a fini par l’avoir. Adieu mon vieux…

 

Guy-Joseph Feller,

5 mars 2014.

Soumettre le commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

%d blogueurs aiment cette page :